Passer de scientifique à écrivain

Un scientifique, voilà ce que je suis, je ne sais pas écrire. Je ferai des études d'ingénieur, d'informaticien ou de toute autre bête à poil ras ressemblant à un scientifique. 32 ans que je suis sur cette Terre, et j'y ai cru pendant 31 ans. Les idées reçues lors de ma domestication en tant qu'enfant et jeune adulte sont encore tenaces. Et pourtant, les articles de ce blog sont la plus belle preuve que chacun peut faire des choses pour lesquelles il se pensait incapable.

La domestication

J'ai toujours été « bon à l'école ». Des bonnes notes, des bons points, des « très bon semestre mais se repose un peu sur ses lauriers ». À bien y réfléchir, ce à quoi j'étais bon, c'était à reproduire ce qu'on m'avait mis dans le crâne, ni plus, ni moins. Des formules de maths, des cours d'Histoire, des verbes irréguliers en allemand. On ne m'a jamais appris à penser par moi-même, on m'a appris des vérités que j'arrivais à ressortir le moment venu. J'en oubliais la majeure partie le jour d'après.

J'ai donc « loupé » la Mention Bien à mon Bac S spécialité maths à cause d'un 5 en philo (coefficient 4 à l'époque). 13,9 de moyenne, il en fallait 14. En même temps, c'était tout à fait normal, j'étais persuadé que j'étais mauvais en écriture, je ne pouvais donc pas faire grand chose de bien de ce côté là. Et ça tombe bien, quand on est persuadé d'être mauvais à quelque chose, qu'on le soit vraiment ou pas, on finit par le devenir.

J'étais un scientifique, j'étais bon à recracher ce qu'on m'avait enseigné, point barre. La philo, ça sortait beaucoup trop des sentiers battus pour moi. Je ne voyais d'ailleurs aucun mérite à être bon à l'école. Je tirais bien plus de plaisir dans les cours particuliers que je pouvais donner pour aider les autres que dans ma réussite scolaire à proprement parler.

Quoiqu'il en soit, ma domestication avait été efficace : je gagnerai de l'argent et donc un statut social en étant un bon élève. J'ai même poussé le vice à son maximum : j'ai obtenu le plus haut diplôme possible en informatique, le doctorat. Super, et après ?

La prise de conscience

La meilleure chose qui me soit arrivée dans la vie, c'est de me demander pourquoi il y a de ça un an et demi. À force de lire des blogs à droite et à gauche et grâce aux conseils d'un ami j'ai acheté mon premier livre sur le développement personnel. Je n'ai pas arrêté d'en acheter d'autres depuis.

C'est là que je me suis rendu compte que tout ce à quoi je croyais ne me correspondait pas du tout. Qu'il était possible que tout ce qui m'arrivait soit le résultat d'un conditionnement social fort et non pas de ma propre volonté.

J'ai réalisé que je ne me connaissais pas. J'ai aussi réalisé qu'il n'y avait plus personne pour me donner de bonnes notes ou de « bons points », que si je voulais être heureux dans la vie, c'était à moi de faire nécessaire.

Le passage à l'acte

Je me suis alors demandé qu'elles étaient les croyances qui me limitaient ? Qu'elles étaient les choses tellement évidentes pour moi qu'il ne me serait même pas venu à l'idée de les remettre en question. Que m'avait-on rabâché depuis que j'étais petit ?

Après quelques moments de réflexion je me suis alors rendu à l'évidence : la société avait choisi le parcours scientifique à ma place. Enfin, plus exactement, je n'avais jamais consciemment décidé que je n'étais qu'un scientifique. On m'avait toujours dit qu'il y avait le Bac S qui permettait de tout faire (ingénieur, physicien, chercheur, …) et le reste, pour ceux qui ne pouvaient pas faire Bac S. Je ne m'étais jamais demandé si je pouvais faire autre chose que ce que j'avais fait pendant ces 13 dernières années. Est-ce que moi, le pur scientifique, docteur en informatique, j'étais capable d'écrire sur des sujets autres que la programmation ?

C'était vraiment pas gagné, croyez-moi. Je m'étais toujours dit de toute façon : « je ne sais pas écrire, je suis un scientifique ». Mais une chose avait changé, j'avais compris que pour juger de quelque chose, il fallait l'avoir essayé. Et je n'avais jamais essayé d'écrire et de penser par moi-même jusqu'ici. J'avais, avec brio, répété la domestication de mon enfance : bon élève, bon point.

Un jour j'ai essayé. J'ai publié mon premier article ici. C'était la première fois que j'écrivais autre chose de public que ma thèse. Je n'étais vraiment pas content de ce que j'avais produit. De toute façon, j'étais nul en écriture. Mais je me suis fait violence, j'ai publié quand même. Je voulais voir ce que ça donnerait. Ça a été le premier des 57 articles écrits à ce jour.

Je reste encore fasciné par le retour que j'ai sur certains articles. Mon conditionnement étant encore assez présent, j'ai tendance à penser que je ne suis pas fait pour ça. Et pourtant, je prends plaisir à écrire et il semblerait que vous preniez plaisir à lire. Changer est possible, mais pour ça, il faut au moins essayer.

Et vous, vous en êtes où ?

Vous êtes-vous déjà demandé si vous pourriez faire autre chose que ce que vous faites actuellement ? Vous êtes-vous déjà essayé à quelque chose qui vous mettrait en danger comme j'ai pu faire pour l'écriture ?

Moi non plus je ne savais pas écrire, ce qui a fait la différence, c'est qu'un jour, j'ai essayé. Sans essayer, on ne peut pas s'améliorer.

Il y a un début à tout, et si vous souhaitez prendre le contrôle de votre vie, sortir de sa zone de confort est un bon début.

Merci à @mageekguy pour l'inspiration.

Idées à retenir

  • Ce n'est pas parce que vous avez toujours cru que vous ne pouvez pas faire quelque chose que c'est le cas.
  • En revanche, croire que l'on est incapable nous rend effectivement incapable.
  • Sauf cas exceptionnel, « la société » a choisi votre vie à votre place.
  • Pour juger de quelque chose, il faut essayer. Et c'est en essayant encore et encore qu'on s'améliore.
  • Se mettre en danger, c'est avancer.
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