La manière paresseuse d'être productif

Faire bien, faire vite, faire plus, encore plus vite. Recommencer. Faire mieux. Recommencer. S'épuiser. Ne rien avoir fait d'autre que courir après le temps.

Être productif, est-ce occuper son temps au maximum ?

« Le temps c'est de l'argent », cette phrase de Benjamin Franklin nous suit depuis plus de 250 ans maintenant. Et on la prend toujours en référence de nos jours. Moi le premier, lorsque j'ai commencé à travailler à mon propre compte, rien ne comptait plus que de travailler le plus souvent possible. Après tout, si le temps est de l'argent, plus je passe de temps à travailler, plus je devrais maximiser les chances d'en gagner. Et comme je ne m'étais jamais posé la question de savoir si oui ou non, gagner plus d'argent était ce que je recherchais dans la vie, je le faisais à défaut.

Le souci de ce raisonnement, c'est que l'argent n'est pas directement corrélé avec le temps qu'on passe à la gagner. Ça serait bien trop simple sinon. Le temps n'est qu'une unité de mesure de la quantité de travail fourni, pas de l'intelligence et de la qualité de ce travail. Ce qui compte lorsque l'on travaille, ce n'est pas le temps qu'on y passe, c'est les progrès que l'on accomplit.

L'état d'esprit « d'une tâche à l'autre »

Vous travaillez toute la journée, vous avez à peine le temps de prendre vos pauses, vous faites même quelques heures supplémentaires pour finir ce que vous aviez commencé, voilà encore une journée bien remplie. Mais remplie de quoi ? N'avez vous jamais eu le sentiment, après ce type de journée, de n'avoir rien accompli ? Vous avez beau avoir travaillé toute la journée comme un dingue, vous avez ce sentiment bizarre de ne pas avoir avancé. Étrange non ?

La raison est simple, vous avez passé votre journée à papilloter de tâche en tâche sans prendre le temps de vous poser et de réfléchir sur l'importance de ce que vous faisiez. Il est même possible que, en plus de ne rien avoir fait de vraiment important de votre journée, vous ayez été contre productif. C'est à dire que vous avez produit du bruit, des erreurs que vous devrez corriger plus tard.

Le plus dur lorsque l'on est dans cet état d'esprit, c'est de s'en rendre compte et de le stopper. Un mail amène vite un autre mail, un lien Twitter une page super intéressante que l'on se doit de partager sur Facebook, une heure se passe et pas grand chose ne s'est finalement passé pour de vrai. Exercez-vous à vous en rendre compte, à vous arrêter 30 secondes et à réaliser : « mais je suis en train de perdre mon temps ! ».

Les systèmes de « productivité »

J'ai essayé beaucoup de systèmes pour être, tout du moins le pensais-je, plus productif dans ma journée. Le but étant généralement d'avoir une liste de choses à faire, d'ordonner cette liste, de découper les tâches comme il faut, de suivre le temps qu'on y passe et de tirer le meilleur parti de son temps. C'est notamment le cas de la technique Pomodoro et de GTD (Getting Things Done).

Pour qui, pourquoi, ça n'a jamais marché plus de deux semaines pour moi. À chaque fois je ne note plus les tâches, je sors du cadre imposé par ces méthodes et je finis par abandonner. Finalement, j'ai trouvé quelque chose d'encore plus simple : identifier LA tâche la plus importante de la journée.

Le secret : vouloir en faire moins

J'ai récemment réalisé que moins je veux absolument en faire, plus j'en fais, et de manière plus efficace. Ça semble stupide, mais ça marche. Au lieu d'avoir une liste de choses à faire de deux kilomètres de long, voilà comment je m'organise :


  • Je garde une feuille où je marque mes rendez-vous. Les trucs à faire qui ne sont pas "importants" en soi mais qui me poseront soucis si je ne les fait pas avant une date donnée. Je n'ai aucune mémoire pour ces choses là, donc cette feuille m'aide à ne pas oublier. Je l'ai toujours à portée de main, dès que ce style de chose à faire arrive, je l'écris sur ma feuille. Je suis, dans le coup, sûr de ne pas l'oublier et je peux passer à autre chose.

  • Chaque matin, je me pose dans mon bureau, et je définis la seule et unique tâche la plus importante à réaliser aujourd'hui. Juste une chose, et je commence par celle-là. J'élimine toutes les autres.

Comment est-ce que je définis la tâche la plus importante ? Je choisis celle que je serai content d'avoir fait le soir même. Je me projette le soir et me dis « si j'ai fait ça ce soir, j'aurais gagné ma journée ». Ça peut être une tâche peu gratifiante mais que je serai content d'avoir eu la discipline d'accomplir, ou ça peut être une tâche beaucoup plus motivante. Peu importe, ce qui importe c'est de se dire que si on fait au moins ça aujourd'hui, on aura gagné notre journée. Et ça suffit à me motiver et à vaincre cette satanée procrastination.

Finalement je me rends compte qu'en choisissant toujours de travailler d'abord sur la tâche la plus importante de la journée, il y a des choses que je ne fais pas, qui sont tout le temps repoussées. Et je dois avouer que c'est très bien comme ça, les choses qui comptent vraiment, je trouve toujours un moyen de les faire. Le reste, si je ne le fais pas, c'est que finalement ça ne comptait pas vraiment.

À bien y réfléchir, si, tous les matins, vous commencez par travailler sur la chose la plus importante pour vous, comment pouvez-vous vous tromper ? Posez vous, choisissez quoi faire, et immergez vous. Vous savez que vous serez content d'avoir accompli cette tâche, puisque vous l'avez choisie pour cela. Vous n'aurez rien à regretter. Alors au boulot !

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