Gérer les pertes

Cet article fait partie de la traduction du livre « The one skill » de zenhabits

Une des choses les plus dures est de réussir à gérer une perte majeure, comme la perte d'un emploi, d'une maison, ou d'un être aimé. Mais il y a aussi des pertes mineures qui nous font régulièrement souffrir : la perte d'un contrat, la perte de notre bonne santé quand nous attrapons un rhume, la perte de celui que nous pensions être lorsque que nous sommes face à un échec ou sommes dans l'embarras. Ces pertes, petites ou grandes, nous font beaucoup souffrir. Il s'avère que les souffrances qu'occasionnent ces pertes font partie de la vie… mais elles n'ont pas besoin d'être aussi importantes qu'elles le sont la plus part du temps. Nous prolongeons la souffrance par habitude.

Prenons quelques exemples :

  • Ma tasse de café préférée se casse. C'est une perte et je me sens naturellement triste ou contrarié lorsque cela arrive. À ce moment, je pourrais choisir de lâcher prise et de passer à autre chose, et ma souffrance s'arrêterait là. Cependant, habituellement, j'aurais plutôt tendance à m'énerver après la personne ayant cassée la tasse et à être rancunier pendant un petit moment. Ou, si ça vient juste d'arriver, je pourrais me demander : « pourquoi est-ce que ça m'arrive à moi ? » et continuer à en pâtir pendant quelques temps en souhaitant que la tasse soit encore entière et que l'univers ne soit pas aussi injuste envers moi. Ce n'est pas la casse de ma tasse de café qui provoque cette souffrance prolongée, c'est bien moi qui en est la cause. Je m'accroche à ce que je voulais que la vie soit (moi en possession de ma superbe tasse) et je n'accepte pas ce qu'elle est en réalité.

  • Amir perd son travail. Évidemment, c'est un coup dur pour lui et sa vie est maintenant sans doute bien pire qu'avant. Son égo en prend un coup et il est donc compréhensible qu'Amir souffre. Mais encore une fois, à ce stade, il peut lâcher prise, laisser partir cette perte, accepter sa nouvelle réalité (il est sans emploi) et partir de là pour trouver quoi faire de cette nouvelle situation. Commencer à postuler à des offres d'emploi, trouver un endroit moins cher où vivre, vendre sa voiture et se procurer un vélo, etc. Ou alors, il pourrait être en colère, rancunier et blessé à cause de cette perte. Cette souffrance prolongée affectera ses entretiens d'embauche et pourrait peut-être même l'empêcher d'effectuer les actions appropriées. Il pourrait même se disputer avec sa petite amie à cause de la rancune accumulée. Cette souffrance prolongée est causée par Amir, pas par la perte de son emploi.

  • Tomas, le mari de Petra la quitte et demande le divorce. Petra est, bien sûr, blessée et en colère à cause de la trahison de sa confiance, de la perte de son mariage et de son meilleur ami. C'est quelque chose de totalement naturel et il n'y a rien de mal avec le fait d'être blessé ou en colère. En réalité, beaucoup de personnes essaient de rejeter leurs sentiments au lien de les accepter : ça rend les choses pire encore. Mais après sa première réaction, elle peut choisir de laisser aller ce qu'elle était avant (une femme mariée à Tomas) et réinventer sa vie. Cette opportunité de se réinventer peut être libératrice. Ou… elle peut rester bloquée sur cette perte, cette trahison et cette douleur. Souhaiter que ça se soit passé différemment. Se demander pourquoi il ne l'aime pas. Le traquer sur Facebook et haïr sa nouvelle petite amie. Se morfondre dans la pitié pendant des mois, manger pour se réconforter, prendre du poids, ne pas prendre soin de sa santé, ne jamais sortir pour des rendez-vous car elle est toujours bloquée sur Tomas, ne pas s'aimer, penser que son corps est affreux… Ok, c'est un scénario catastrophe, mais il a souvent lieux sous diverses formes. Petra s'est fait souffrir en ne lâchant pas prise.

  • Le père de Justin est en train de mourir d'un cancer. C'est extrêmement douloureux pour Justin car il anticipe déjà la souffrance de la perte de son père d'ici moins d'un an. À cause de son angoisse, il est difficile pour lui d'aider son père à travers cette épreuve difficile. Au lieu de trouver des moyens d'aider son père, il est concentré sur sa propre souffrance. Au lieu de profiter du temps qu'il lui reste avec son père et de l'apprécier tant qu'il est encore temps, il anticipe ce qui va arriver et ne peut se débarrasser de cette crainte. Au lieu de réagir comme cela, il peut laisser aller ce futur anticipé et lâcher prise sur ce qu'il aurait aimé être vrai (le fait que son père ne soit pas en train de mourir) et accepter la situation ainsi que sa propre souffrance. Il peut accepter son père mourant comme le seul père qu'il a (le père en bonne santé n'existe plus) et apprécier ce nouveau père dès maintenant. Il peut voir la souffrance qu'endure son père actuellement, accepter cette souffrance, et faire preuve de compassion envers lui de la meilleure manière possible. Il peut être reconnaissant pour chaque moment passé avec son père, reconnaissant pour sa propre bonne santé, reconnaissant pour ce que son père lui a donné au fil des années.

Même s'il est vrai qu'une perte peut être extrêmement difficile et douloureuse, qu'elle soit grande ou petite, nous avons la possibilité de prolonger ou de diminuer cette souffrance en utilisant ou non la capacité à lâcher prise.

Comment peut-on lâcher prise après une perte ? Et bien, tout d'abord, on peut commencer par accepter nos sentiments au sujet de cette perte. Il n'y a rien de mal à être en colère ou triste au sujet d'une perte. Mais après ce deuil, nous pouvons nous rendre compte que nous nous accrochons à quelque chose du passé, une idée de ce que nous aurions aimé que la vie soit au lieu d'accepter ce qu'elle est en réalité. Le fait de s'accrocher à cette idée de la vie, le fait de souhaiter que la vie soit différente, nous fait souffrir.

Se rendre compte de ce préjudice nous permet de lâcher prise parce que nous avons alors le choix : s'accrocher à notre idée du passé et souffrir, ou lâcher prise et accepter notre réalité actuelle pour moins souffrir.

Nous pouvons alors nous tourner vers la réalité telle qu'elle est et voir le bon côté de celle-ci. Apprécier ce que nous avons en face de nous. Se rendre compte des opportunités de se réinventer. Faire preuve de compassion envers nous même et les autres qui souffrent d'une perte. Profiter de la nouvelle vie dont nous disposons, car c'est tout ce que nous avons.

C'est la capacité à lâcher prise, et elle aide énormément pour tout type de perte.

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