Comment parler en public : donner un cours ou une conférence

Parler en public est effrayant pour beaucoup de personnes ; cela peut même devenir insurmontable. J'ai été moi même confronté à cette problématique : comment faire pour ne plus avoir peur de parler en public, voire même d'apprécier parler en public. Nous allons voir ici quelques astuces pour la fameuse « Présentation PowerPoint » (même si la plupart des conseils restent valable pour nombre de prises de parole en public). Ayant été moi même prof à la FAC et ayant donné des conférences sur mes sujets de recherche universitaire, j'ai appris à gérer des groupes allant de 10 à 300 personnes. Voici quelques conseils pour vous aider à faire de même.

Apprendre à se tromper

Généralement, la peur de parler en public vient de l'idée que vous vous faites de la manière dont votre public va interpréter vos erreurs. « Qu'est-ce qui se passe si quelqu'un se rend compte que j'ai dit une grosse bêtise ? », « et si je me trompe dans mon texte ? », « et si je bafouille ? », « et si ... ». Le fait est que tout le monde se trompe et qu'évidemment ça vous arrivera à vous aussi. Il ne faut donc pas essayer de tout vouloir contrôler et de tout faire pour ne pas faire d'erreurs (apprendre son texte par cœur ou mettre tout son texte sur ses diapos par exemple). Si vous faites cela, vous pouvez être sûr que vous aurez du mal à mener votre présentation sereinement.

Plus vous lâcherez prise et accepterez de vous montrer tel que vous êtes (c'est à dire faillible) plus votre présentation orale se passera bien. Trois petits conseils tout simples pour ce faire :


  • Mettre très peu de texte sur ses diapos, ou écrire très peu de chose sur ses notes. Ces supports doivent vous permettre de re-situer vers où vous souhaitez diriger votre intervention. Ils portent d'ailleurs bien leur nom, ce sont des supports au contenu, et non le contenu en lui même. Le contenu, c'est vous qui le dévoilez à l'oral. Les supports sont vos panneaux de direction, et la route, c'est à vous de la tracer. Je n'emploie d'ailleurs jamais deux même routes pour les mêmes supports, chaque intervention est unique.

  • Ne pas apprendre son texte par cœur, ne pas répéter des phrases par cœur avant. Le problème si vous faites cela, c'est que dès que vous aller oublier une phrase, ça va être la panique . En effet, ce n'est pas vous qui construisez votre route pendant votre exposé : vous utilisez une route pré-construite (par vous-même la veille, lors de vos répétitions). Et si vous oubliez cette route au moment venu, c'est le vide total, pas moyen d'en construire une autre ! Lorsque vous répétez, apprenez plus ou moins vos directions (elles sont sur vos diapos au pire), et entraînez-vous à construire votre route au fur et à mesure (et idéalement des routes différentes à chaque fois) vous allez voir que cela vous donne un sentiment de sécurité bien plus grand. Au lieu d'apprendre la route par cœur, apprenez plutôt à en construire à la volée ! « Donne un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprends-lui à pêcher, il mangera toute sa vie ».

  • Relativiser en se disant que même si vous faites une erreur, votre public ne vous en tiendra pas rigueur si vous l'assumez et n'essayez pas de la nier. Et quand bien même certaines personnes pourraient vous en tenir rigueur, le monde ne va pas s'arrêter de tourner pour autant.

Réussir son entrée : votre corps parle pour vous

Quoique certaines personnes en disent, la première chose avec laquelle votre public sera en contact (visuel), c'est votre corps. Votre entrée en scène a donc une importance capitale. Si vous maîtrisez les premières minutes, maîtriser le reste sera plus facile. Deux cas se présentent alors : ou votre public est déjà dans la salle et vous faites votre entrée ensuite (souvent le cas quand vous avez à donner des cours), ou votre public entre dans la salle alors que vous êtes déjà dedans (en train de préparer le rétro-projecteur ou autre).

Si votre public est déjà dans la salle, prenez bien soin de ne pas dire bonjour lorsque vous êtes encore en train de marcher pour aller vous positionner. Votre public ne prêtera pas attention à vous quand vous êtes en train de marcher et vous aurez à les faire taire une nouvelle fois quand vous serez prêt à parler.

Si votre public doit prendre place dans la salle avant que vous puissiez commencer, attendez bien que tout le monde soit entré et assis. Ne dites pas bonjour à toute la salle pendant qu'ils s'installent (vous pouvez bien sûr répondre bonjour aux personnes qui vous le disent).

Ensuite dans les deux cas, faites face à votre public en faisant bien attention à adopter une posture stable (votre corps parle pour vous ici) : les deux jambes sur le sol, un peu écartées, les bras croisés ou les mains sur les hanches. Avec une telle posture et un silence assez appuyé (ne soyez pas pressé de parler vous aurez tout le temps ensuite), les gens devraient naturellement se taire. Si ce n'est pas le cas (les publics jeunes sont souvent un peu plus difficiles), n'essayez surtout pas de les faire taire de suite, gardez votre position bien encrée, et regardez les. La pression du groupe devrait faire le reste (certains vont commencer à dire aux autres de se taire).

Une fois que le public semble à peu prêt réceptif, prononcez votre premier mot de façon appuyée et claire : « Bonjour ! ». Cette façon de faire marque clairement le début de l'intervention, et montre à votre public que vous assumez entièrement d'être là. Vous prenez le temps, vous vous posez et vous leur faites pleinement face (et non pas un Bonjour fuyant en entrant dans la salle). Essayez pour voir, vous verrez que ça facilite énormément le début de votre intervention. Et pour cause, vous venez de faire taire X centaines de personnes en ne prononçant qu'un mot, ça force le respect et ça aide à se mettre en confiance.

Comment gérer la question embarassante ?

Certaines personnes vont vous prendre au dépourvu pendant votre exposé ou à la fin. Ils vont vous poser une question à laquelle vous ne savez pas répondre de suite et pour laquelle il vous faut un petit temps de réflexion.

Si la personne vous a interrompu au milieu de l'exposé, prenez un cahier et un stylo (que vous aurez soigneusement préparés avant) et dites quelque chose comme cela « Très bonne question, permettez moi de la noter pour ne pas l'oublier, j'y reviendrai par la suite ». Et vous continuez votre exposé. À vous de choisir quand vous y répondrez (vous avez éliminé la pression immédiate qui était sur vous), vous avez donc le temps de réfléchir un peu.

Si la question vient pendant une séance de questions / réponses, c'est un peu plus délicat (vous ne pouvez pas la remettre à plus tard pour réfléchir). Dans ce cas là, répondez quelque chose qui montre que vous avez entendu la question « En effet, question intéressante » et déplacez vous pour aller prendre votre crayon et votre papier. Gribouillez quelque chose dessus pour gagner un peu de temps. Pendant tout ce temps là (déplacement + gribouillage) vous pouvez commencer à élaborer votre réponse. Ces quelques secondes vous serons tout de même précieuses, croyez-moi sur parole.

Comment gérer son temps ?

Il arrive parfois d'avoir un temps bien précis pour effectuer une présentation. Le problème étant que je vous ai dit plus haut de ne pas apprendre votre texte, il est donc difficile de prévoir le temps que l'on tiendra lors de la présentation. De plus, lors du jour J, le trac peut vous faire aller beaucoup plus vite que vous ne le pensiez (ou des fois beaucoup plus lentement, cela va dépendre des personnes). Dans ce cas là, il faut structurer sa présentation en conséquence.

Contrairement à une idée reçue, ne gardez pas le plus important pour la fin. Essayez de placer l'essentiel de votre discours dans les premiers 3/4 de votre présentation. Si des fois vous dépassez le temps imparti et que l'on est obligé de vous couper, au moins, l'essentiel de votre message sera passé. Il n'y a rien de plus pénible que de se voir obligé d'arrêter sa présentation alors que le plus important n'a pas été abordé.

Si vous avez tendance à toujours être trop rapide, rajoutez des diapos à la fin de votre exposé (après la diapo de conclusion). L'idéal pour ces diapos c'est d'y mettre des exemples concrêts en rapport avec ce que vous venez de dire. Cela vous donne la possibilité de dire dans votre exposé « Nous verrons tout à l'heure quelques exemples de cela, si il nous reste suffisamment de temps ». Dans ce cas là vous êtes couvert quoiqu'il en soit. Si à la fin de votre conclusion vous voyez que vous avez été trop vite vous pouvez présenter les exemples des diapos supplémentaires comme vous l'aviez déjà annoncé, sinon ce n'est pas grave, vous aviez prévenu que c'était « si il nous reste suffisamment de temps ». Cette technique est vraiment très pratique et peut alimenter des discussions sympathiques à la fin, je la conseille à tous, même à ceux qui généralement gèrent bien leur temps.

À vos pupitres maintenant, et faites rêver votre auditoire !

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