Apporter de la valeur et se passer de statistiques

Le nombre de Like, le nombre de retweets, le nombre d'affichages enregistrés dans Google Analytics, les chiffres et les statistiques dirigent nos vies numériques. Si ce n'est pas partagé, ce n'est pas bon, si ce n'est pas visité, c'est un échec, et réciproquement. Et si ces observables dont nous ne pouvons plus nous passer diminuaient la qualité de ce que nous produisons ? Et si se passer de stats pouvait nous être bénéfique ?

Vivre sans Google Analytics

Ça fait plusieurs mois maintenant qu'il n'y a plus de statistiques sur ce site. Je n'ai aucune idée de combien de personnes viennent ici quotidiennement. Et bizarrement ça n'a rien changé à mon envie d'écrire. Je dirais même que ça m'a libéré d'un poids.

La première question que je m'étais posé c'était : à quoi me servent ces statistiques ? « Si tu mets un Google Analytics qui va placer des trucs peu recommandables sur le navigateur internet de tes lecteurs, il doit y avoir une solide raison et une forte valeur ajoutée ». En fait, je me suis rendu compte que ça servait à motiver quand certains articles étaient très vus/partagés/whatever, et à démotiver quand ce n'était pas le cas. Grosso modo, les effets négatifs annulaient bien souvent les effets positifs.

Apporter de la valeur

Ce que j'attends, à chaque publication, c'est en fait de savoir si j'apporte de la valeur à certaines personnes. Parce qu'en fait l'important ce n'est pas forcément d'être lu par un grand nombre, c'est d'apporter de la valeur à ceux qui vous lisent, même s'ils sont peu nombreux.

Je me suis donc naturellement posé une deuxième question : est-ce que ce que je mesure me permet d'évaluer ça correctement ? Est-ce que le nombre de Like Facebook ou de retweets me permet d'évaluer le fait que j'apporte quelque chose à des personnes ? Et inversement, est-ce que quelque chose qui est peu partagé n'apporte pas de valeur ?

Est-ce qu'apporter de la valeur à mes lecteurs est mesurable par les partages sur les réseaux sociaux et le nombre de pages vues ? Est-ce que, ce que mesure ces observables, ce n'est pas plutôt la viralité de diffusion de l'information, indépendamment de la valeur qu'elle apporte au lecteur ?

Il n'est plus à démontrer qu'un article avec un titre du style « Julie Gayet nue sur un scooter » attirera bien plus de lecteurs que mon article sur « Le courage de vivre consciemment », et pourtant, j'ai la faiblesse de croire que la valeur ajoutée apportée par ce dernier est supérieure à celle apportée par l'article sur Julie Gayet.

Ce que tout le monde cherche à maximiser et à prendre comme critère de succès c'est le nombre de pages vues (et donc indirectement le nombre de partages sur les réseaux sociaux). Mais à part mesurer combien le titre de votre article est efficace, ça ne mesure rien d'autre. Ah si, peut-être la valeur de revente de vos visiteurs auprès de publicitaires, mais ça, c'est un autre sujet.

Définir soi-même ses critères de succès

J'ai donc choisi d'autres observables que l'apparente popularité des réseaux sociaux et ils sont au nombre de trois :

  • le plaisir que je prends à écrire
  • les mails de remerciement
  • Flattr

Je pars donc du principe que si je prends plaisir à écrire, c'est gagné. Si en plus j'ai des mails sympathiques et que des gens se donnent la peine de me donner de l'argent via Flattr : que demander de plus ?

Êtes-vous sûr que vos statistiques vous servent à quelque chose ? Est-ce que l'important ce n'est pas de se faire plaisir et d'apporter de la valeur à certaines personnes ?

Le risque des statistiques et de l'immédiateté de celles-ci c'est d'oublier pourquoi on fait ce que l'on fait. On risque de créer pour satisfaire les statistiques et non pas pour apporter de la valeur. On finit alors par créer du vite écrit, vite lu, vite oublié.

Se libérer de ces statistiques permet de se recentrer sur l'essentiel : prendre plaisir à partager un peu de soi.

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