Aimer ses peurs

La peur n'est pas quelque chose qu'il faut chercher à éliminer. Le jour où vous apprendrez à aimer vos peurs, une nouvelle vie s'ouvrira à vous.

Les deux types de peur

Avant de parler de pourquoi aimer la peur peut être salutaire, il convient de distinguer de quelle peur l'on parle. En tant qu'animal, nous réagissons par la peur à tout danger qui menace notre intégrité physique. Cette peur est un signal envoyé par notre cerveau pour nous obliger à réagir lorsque l'on se sent menacé par un danger imminent. C'est le type de peur que vous ressentirez lorsque vous vous trouverez face à face à un ours en pleine forêt, ou encore lorsque vous serez sur le point de tomber de 10 mètres de haut. Cette peur est naturelle et bénéfique : elle va vous permettre de rester en vie. Elle est attachée uniquement à l'instant présent, elle n'a de raison d'être que votre survie à un instant T. Elle n'anticipe pas d'évènement futur ou ne se remémore pas des faits passés, non, elle est là uniquement pour réagir à l'instant présent et vous maintenir en vie.

Si vous lisez ce blog, il y a fort à parier que vous ressentiez cette peur assez rarement. Nos besoins physiologiques (cf. la pyramide des besoins de Maslow) sont pour la plupart d'entre nous satisfaits. Nous avons à boire, à manger, et vivons dans un monde où la menace des prédateurs tel que les ours est assez réduite, je pense que vous en conviendrez. En revanche, nous sommes tous, à des degrés plus ou moins variables, soumis à la peur que j'appellerais psychologique.

Cette peur psychologique n'est pas encrée dans le présent, aucun évènement se déroulant dans votre réalité présente ne déclenche cette peur. Vous n'êtes pas physiquement menacé, vous ne risquez pas votre vie. C'est votre cerveau, et uniquement lui, qui fabrique cette peur. Cette peur a une particularité bien à elle : elle est rattachée à des évènements qui se sont produits dans votre passé ou à des évènements futurs que vous imaginez.

Vous la connaissez bien cette peur, c'est la peur :


  • De demander une augmentation

  • De demander un rendez-vous galant

  • De dire non

  • D'assumer ses pensées

  • De changer de travail

  • De devoir parler en public

  • De tenter un nouveau projet risqué

  • D'aller à un entretien d'embauche

  • De passer un coup de téléphone


Ce qui caractérise toutes ces peurs c'est qu'elles sont liées au fait que vous imaginez une chose qui pourrait se produire et à laquelle vous ne pourrez faire face. Vous commencez par imaginer le futur, généralement un futur où ça se passe mal, vous imaginez le stress et le malaise engendré par la situation, vous projetez ce malaise dans votre présent, et vous finissez par conclure que c'est une mauvaise idée. Vous avez peur avant même d'avoir vécu l'objet de votre peur, vous avez peur par anticipation. Admettez que, à l'instant même, assis sur votre chaise à avoir peur, rien ne vous menace réellement. Pas d'ours à l'horizon, pas de chute de 10 mètres, juste vous et votre imagination.

C'est donc de cette peur que nous allons parler par la suite, la peur que vous fabriquez vous-même en anticipant des évènements futurs. Maintenant que nous sommes sûrs que nous parlons de la même chose, comment l'on sort de là ? Et est-ce qu'il faut / est-ce qu'il est possible d'en sortir ?

La peur : apprendre à l'aimer

Jusqu'ici, vous avez considéré la peur comme un signal négatif. C'est en effet le sens qui lui est attaché lorsque l'on parle du premier type de peur, celle qui sert à assurer notre survie. Pourtant nous venons de poser le fait que la peur psychologique n'avait pas de rapport avec la réalité. Je vous entends déjà me dire, mais si, c'est la réalité ! Perdre son travail c'est réel, se faire rejeter lors d'un rendez-vous c'est réel, j'en passe et des meilleures. Non, tout cela c'est ce qui pourrait arriver si, et non pas ce qui arrive. C'est une projection que vous faites dans votre cerveau. La seule réalité qui existe c'est le moment présent, ce que vous vivez actuellement sur votre chaise, le reste ne sont que des souvenirs ou des projections. Votre passé n'a plus d'existence réelle actuellement, il n'a d'existence que celle que vous vous rappelez dans votre tête. Il en va de même pour le futur, il n'a d'existence que celle que vous voulez bien lui donner. Seul existe l'ici et maintenant.

Mais pourquoi avez-vous peur alors, si ce dont vous avez peur n'existe pas réellement ? Cette peur est généralement due au fait que vous pensez, de manière plus ou moins consciente, que vous ne pourrez gérer ce qui arrivera. Auriez-vous peur si vous saviez que, quoiqu'il arrive, vous ferez face ? Si vous saviez que, quoiqu'il arrive, ce ne sera ni bien ni mal, ce sera juste une expérience enrichissante de votre vie ? Oui, perdre son emploi peut être la chose la plus salvatrice qui puisse vous arriver, oui, essuyer un refus lors d'une demande de rendez-vous est quelque chose de constructif. Oui il est possible qu'être interdit bancaire soit la seule solution qui s'offre à vous. Tout cela dépend de ce que vous choisissez d'en faire. Vous pouvez vous lamenter de ne plus avoir d'emploi ou voir cela comme l'opportunité d'un nouveau départ. Vous pouvez geindre à l'idée d'avoir été rejeté, ou vous pouvez être fier de vous pour avoir essayé. Tout cela ne tient qu'à vous.

Lutter pour conserver une vie qui ne nous convient plus est bien plus traumatisant sur le long terme que d'assumer les conséquences de la vie que l'on décide de choisir.

La clé pour pouvoir agir en dépit de sa peur c'est de réaliser que, quoiqu'il arrive, ça vous sera bénéfique d'une façon ou d'une autre. Même si ça se « passe mal » eu égard aux attentes que vous aviez, c'est une expérience positive pour votre vie. Vous n'avez de toute façon que deux choix possibles :


  • Se laisser paralyser par sa peur et ne pas agir. Au fil des années, vous n'aurez même quasi plus conscience du potentiel qui sommeille en vous, puisque vous ne tenterez plus rien de peur d'avoir peur (notez l'absurdité de la chose). Vous ne vous en rendrez compte que quand il sera trop tard.

  • Prendre la peur comme une occasion de grandir, et se dire qu'à chaque fois qu'on a peur, c'est un signal vous ordonnant d'agir.

Arrêtons-nous sur le deuxième point. Est-ce que vous vous êtes déjà dit que vous pourriez considérer la peur comme un signal positif ? Au lieu de la voir comme un signal de ce qu'il ne faut pas faire, il conviendrait alors de la voir comme un signal des choses qu'il faut faire. Si l'on veut se réaliser et vivre la vie que l'on souhaite, il va inévitablement falloir sortir de sa zone de confort. Et la zone de confort est limitée par quoi ? Par la peur que vous ressentez. Dès que vous essayez de sortir de votre zone de confort (ce à quoi vous êtes habitués) vous allez commencer à projeter des éventuelles conséquences de vos actes et vous allez commencer à avoir peur. C'est normal, tout le monde à peur, mais il y a ceux qui en profitent pour avancer, et il y a les autres.

Essayez de changer de point de vue par rapport à la peur. Considérez la comme un appel à l'action et non plus comme un élément bloquant. Commencez par vos petites peurs, la peur du téléphone, de parler un public, de croiser un regard, … Vous verrez que vous finirez par arriver à aimer avoir peur. Est-ce que ça ne serait pas ça finalement ce que l'on recherche ? Non pas comment vaincre ses peurs, mais plutôt comment apprendre à les aimer car elles nous permettent de grandir ?

Êtes-vous prêt à aimer vos peurs ?

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